Tonnay-Charente : les analyses de sols s’étendent autour de l’ancienne usine Timac Agro

À Tonnay-Charente, en Charente-Maritime, la question n’est plus de savoir si les jardins voisins de l’ancienne usine d’engrais Timac Agro sont pollués, mais jusqu’où s’étend la contamination. Lors de la réunion de suivi du site, tenue début octobre en mairie, les autorités ont annoncé de nouvelles analyses de sols, cette fois au-delà de la cité de la Coudre, dans le quartier de la Fraternité. Les riverains, eux, trouvent l’extension trop timide.

« Heavy Metal Pollution: In Tonnay-Charente, the Timac Factory Continues to Worry Local Residents » — France 3 Nouvelle-Aquitaine (2 000 de vues sur YouTube au 22/10/2026)

Un quartier ouvrier bâti sur un passé métallurgique #

Le dossier plonge ses racines dans plus d’un siècle d’histoire industrielle. Selon la dépêche de l’AFP reprise par Terre-net, le site a été créé en 1915 par la Compagnie royale asturienne des mines, qui y raffinait le zinc, fondait le plomb et produisait de l’acide sulfurique et des engrais. Au début des années 1960, une partie du terrain a été vendue à des promoteurs : c’est là que s’élève aujourd’hui le lotissement de la cité de la Coudre.

Timac Agro, filiale du groupe breton Roullier, a racheté le reste du site en 1979. Sa production d’engrais s’est arrêtée en mars 2023. Les cheminées ne fument plus, mais les sols, eux, gardent la mémoire de ces activités.

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Près de la moitié des parcelles analysées incompatibles avec un usage résidentiel #

L’État avait demandé dès 2019 à l’exploitant une interprétation de l’état des milieux, l’outil classique pour évaluer si la pollution d’un sol est compatible avec ce qu’on en fait. Les résultats, communiqués progressivement aux habitants volontaires, sont lourds : sur 92 parcelles analysées dans la cité de la Coudre, près de la moitié présentent un état des sols incompatible avec un usage résidentiel et avec l’autoproduction alimentaire, d’après un courrier de la préfecture et de l’agence régionale de santé cité par l’AFP.

Les métaux en cause, rapporte ICI La Rochelle, sont le plomb, le cadmium et l’arsenic. Les recommandations faites à l’ensemble du quartier traduisent la nature du risque : éviter de manger les légumes du potager, laver les jouets qui restent dehors, se déchausser en rentrant chez soi. Autrement dit, limiter l’ingestion de poussières et de terre, première voie d’exposition pour les enfants.

Six mois pour un plan de gestion, et un recours de l’industriel #

Le 28 juillet, le préfet de Charente-Maritime, Michel Prosic, a pris un arrêté imposant à Timac Agro de présenter, sous six mois, un plan de gestion. Ce document doit fixer, parcelle par parcelle, les mesures de dépollution ou de réhabilitation et les restrictions d’usage. L’échéance tombe donc fin janvier 2027.

L’entreprise conteste sa responsabilité. Elle a déposé un recours devant le tribunal administratif, qui vise selon elle à « permettre l’examen de certains points de l’arrêté », en particulier l’imputabilité des pollutions constatées. Son argument est connu : l’histoire du site, commencée bien avant son arrivée avec l’Asturienne des mines, pourrait expliquer l’essentiel des métaux retrouvés. C’est tout l’enjeu des sites à pollution historique, où plusieurs exploitants se sont succédé : qui doit payer ?

Le principe du dernier exploitant

En droit des installations classées, c’est en principe le dernier exploitant qui répond de la remise en état du site qu’il a exploité. Le débat porte ici sur un point plus délicat : des terrains vendus et urbanisés il y a plus de soixante ans, avant même l’arrivée de l’industriel actuel. Le juge administratif devra trancher ce partage, ce qui risque d’allonger les délais pour les habitants.

La Fraternité, nouveau périmètre d’analyses #

La réunion de suivi du 2 octobre a acté l’élargissement des investigations. Des carottages sont prévus dans les jardins d’une cinquantaine de maisons du quartier de la Fraternité, des analyses financées par l’industriel conformément à l’arrêté de juillet. Pour Gérard Garder, membre du Collectif de défense de Tonnay-Charente, ce n’est pas assez : « On aurait aimé que cette extension soit beaucoup plus importante », déclare-t-il à ICI, convaincu que « de nombreux terrains sont certainement pollués » au-delà du château d’eau.

Le maire, Rémi Justinien, décrit une difficulté très concrète. Sur les 250 maisons concernées, de nombreux habitants ont refusé que leur terrain soit analysé, par crainte qu’un résultat positif fasse chuter la valeur de leur bien. « On a déjà du mal à collecter toutes les données près du site », explique-t-il, en mettant en garde contre une extension à toute la commune : « Imaginez, si demain il fallait que l’on fasse les 4000 maisons de Tonnay-Charente… ».

Ce que révèle le cas de Tonnay-Charente #

Ce dossier illustre un angle mort fréquent de la pollution industrielle : la contamination des sols ne disparaît pas avec l’arrêt des machines. Les métaux lourds ne se dégradent pas, ils s’accumulent dans les premiers centimètres de terre, là où l’on jardine et où jouent les enfants. Tant que la cartographie reste partielle, faute d’accord des propriétaires ou de périmètre assez large, le risque réel reste mal connu.

Prochaines étapes à suivre : les résultats des carottages de la Fraternité, la décision du tribunal administratif sur le recours de Timac Agro, puis le contenu du plan de gestion attendu fin janvier. C’est lui qui dira si les jardins de la Coudre devront être décapés, recouverts ou soumis à des restrictions durables.

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