Principe pollueur-payeur : comment il s’applique vraiment #
Comprendre le principe pollueur-payeur #
Le principe pollueur-payeur est, simultanément, un principe juridique et un principe économique. En droit français, il est consacré à l’article L.110-1 du Code de l’environnement, adopté après la loi Barnier de 1995, qui définit que les frais résultant des mesures de prévention, de réduction de la pollution et de lutte contre celle-ci sont supportés par le pollueur ?.[2][3][8] Le texte a progressivement été étendu pour couvrir les coûts de réparation des dommages environnementaux, ce qui en fait un outil de responsabilisation à la fois ex ante (prévention) et ex post (réparation).
Sur le plan économique, ce principe est au cœur des politiques de responsabilité environnementale. Il vise à corriger ce que les économistes qualifient d’externalités négatives : lorsqu’une entreprise, un agriculteur ou un consommateur émet des polluants, les coûts (atteinte à la santé, dégradation de la biodiversité, pertes agricoles, dépollution des milieux) ont longtemps été assumés par la société entière, c’est-à-dire par les finances publiques ou les victimes. Le principe pollueur-payeur cherche à internaliser ces coûts dans le prix des biens et services polluants.[4][7] L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) le définit d’ailleurs comme un principe de politique économique : les dépenses de prévention et de réparation doivent être imputées aux acteurs à l’origine de la pollution.[4]
- Principe juridique : fondement du droit de l’environnement français et européen.
- Principe économique : mécanisme d’internalisation des externalités négatives.
- Cible : tout acteur qui porte atteinte à l’environnement, même au-delà de l’industrie lourde.
Historiquement, la formulation moderne du principe remonte aux travaux de l’économiste britannique Arthur Cecil Pigou, au début du XXᵉ siècle. Pigou a montré que, lorsque le marché ne prend pas en compte les coûts sociaux d’une activité (pollution, santé, dommages sur les ressources naturelles), il y a un échec de marché, qui justifie une intervention publique sous forme de taxes pigouviennes ou de réglementations.[4][9] En s’appuyant sur cette réflexion, les États ont progressivement transformé cette idée économique en principe fondamental du droit de l’environnement, notamment dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques et au sein de l’Union européenne.[3]
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La notion de responsabilité environnementale est au cœur de cette évolution. Le pollueur ? ne se limite pas aux grandes industries chimiques ou énergétiques. Les textes considèrent comme pollueur toute personne physique ou morale qui porte atteinte à l’environnement : producteurs, distributeurs, importateurs, collectivités, mais aussi, dans certains régimes, les consommateurs.[3][8] Ce glissement a des implications concrètes pour les modèles d’affaires, car la responsabilisation ne se réduit pas au paiement de dommages ponctuels, elle tire les entreprises vers des stratégies de développement durable, d’écoconception et d’économie circulaire.
- Arthur Cecil Pigou