Du glacier valaisan jusqu’au delta camarguais, le Rhône charrie des polluants éternels sur presque tout son cours. C’est ce que montre une cartographie scientifique publiée dans la revue Water Research et relayée cette semaine en Suisse. Les chercheurs de l’université de Lausanne et de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) y dressent, pour la première fois, un état des lieux continu des PFAS et des contaminants issus des pneus, de la source à la mer.
Pour un fleuve qui traverse la vallée de la chimie au sud de Lyon, le résultat n’étonnera pas les riverains. Mais il apporte une base de référence chiffrée qui manquait jusqu’ici, et il montre aussi qu’une partie de la pollution commence bien avant les grandes plateformes industrielles.
Plan de l'article
Une descente du fleuve en kayak, 52 points de prélèvement #
L’étude repose sur l’expédition de l’explorateur lyonnais Rémi Camus, qui a descendu le Rhône à l’automne 2025. Selon le résumé publié dans Water Research, des échantillons d’eau de surface ont été prélevés sur 52 stations réparties le long d’environ 760 kilomètres du fleuve. Les prélèvements ont été faits par temps sec, en période de basses eaux, pour obtenir une photographie de référence hors épisodes de pluie.
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Au laboratoire, 50 PFAS et 15 contaminants issus des pneus ont été recherchés par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse. Quatorze PFAS et deux contaminants de pneus ont été détectés au-dessus de leur seuil de quantification.
Le TFA, présent presque partout #
Le composé qui domine le profil de contamination est l’acide trifluoroacétique, le TFA. D’après l’article scientifique, il est présent dans 96 % des échantillons et atteint jusqu’à 3 252 nanogrammes par litre, bien au-dessus de tous les autres PFAS mesurés.
Le TFA est une molécule très petite et très mobile, issue notamment de la dégradation d’autres composés fluorés. Sa présence quasi généralisée explique qu’on le retrouve dès l’amont, loin des sites industriels du couloir rhodanien.
Une estimation de 48 tonnes par an vers la Méditerranée
Selon la dépêche de l’agence Keystone-ATS reprise par Rhône FM le 28 octobre, les chercheurs estiment à 48 tonnes par an le flux de PFAS transporté jusqu’à la Méditerranée. Ce chiffre est une extrapolation : il est calculé à partir des concentrations mesurées près de l’embouchure, rapportées au volume annuel d’eau écoulé par le fleuve. Il donne un ordre de grandeur, pas une mesure directe sur une année entière.
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Lyon, point de bascule de la contamination #
L’étude montre que deux substances, le PFOS et le PFHxA, s’enrichissent nettement vers l’aval, à l’approche des zones urbanisées et industrielles. Comme le relevait Lyon Capitale à la parution des premiers résultats, le secteur sud de Lyon apparaît comme un point de bascule. C’est là que se trouve la vallée de la chimie, où sont implantées les usines Arkema et Daikin à Pierre-Bénite.
Le média lyonnais souligne que le PFHxA, utilisé par Daikin jusqu’à la fin de l’année 2025, ainsi que le 6:2 FTAB, associé aux mousses anti-incendie, et deux substances aujourd’hui interdites, le PFOA et le PFOS, sont plus présents dans le Rhône à partir de ce secteur. Les apports industriels s’y ajoutent à ceux des zones urbaines, ce qui rend difficile d’attribuer chaque molécule à une source unique.
La préfecture recommande depuis 2022 de ne pas consommer les poissons pêchés aux alentours de Pierre-Bénite, rappelle également Lyon Capitale.
Les pneus, l’autre pollution du fleuve #
L’étude ne s’arrête pas aux PFAS. Elle recherchait aussi des contaminants issus de l’usure des pneumatiques, une pollution diffuse liée au trafic routier et lessivée vers les cours d’eau. Parmi eux, la diphénylguanidine, un additif utilisé dans la fabrication du caoutchouc, est largement détectée.
Les chercheurs signalent aussi une quinone dérivée d’un antioxydant des pneus, dite 77PD-Q, trouvée à faibles concentrations et de façon sporadique. Selon le résumé de l’article, il s’agit de l’une des premières détections de ce composé dans des eaux de surface européennes. Cette famille de molécules est surveillée de près depuis que des travaux nord-américains publiés dans Science ont mis en cause un composé voisin dans la mortalité de saumons.
Une base de référence pour la surveillance #
Les auteurs présentent leur travail comme une première référence intégrée « de la source à la mer » pour le Rhône. L’intérêt est double. Pour les autorités, ces données offrent un point de départ pour suivre l’évolution des concentrations, notamment après les restrictions européennes qui encadrent progressivement certains PFAS. Pour les industriels du couloir rhodanien, elles montrent que la contamination se mesure désormais à l’échelle du fleuve entier, et pas seulement en sortie d’usine.
Reste une limite, reconnue par la méthode elle-même : les prélèvements ont été faits en une seule campagne, par temps sec. Les épisodes de crue, qui remobilisent les sédiments, pourraient donner une image différente. D’autres campagnes seront nécessaires pour savoir si la tendance se confirme d’une saison à l’autre.


