Plomb autour d’Exide à Lille : 606 parcelles sous servitude et une nouvelle campagne de dépistage

Autour de l’usine de batteries Exide, au sud de Lille, la pollution au plomb des sols se gère désormais sur deux plans : une servitude qui encadre l’usage de 606 parcelles, et un nouveau dépistage gratuit ouvert jusqu’au 12 décembre pour les enfants et les femmes enceintes.

En bref
  • Une servitude préfectorale de 2023 encadre 606 parcelles : 351 à Lille, 255 à Faches-Thumesnil.
  • Un dépistage gratuit du plomb dans le sang se déroule du 19 octobre au 12 décembre 2026.
  • Seuls 16 % des enfants visés avaient été dépistés lors de la campagne de 2023.
  • Faches-Thumesnil fait étudier des sols situés hors du périmètre réglementaire.

D’où vient le plomb dans les sols de Lille-Sud ? #

Le site industriel de la rue du Faubourg-d’Arras fabrique des batteries au plomb depuis 1921. Pendant des décennies, les poussières émises par la fonderie se sont déposées sur les jardins, les cours et les espaces verts du voisinage.

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Dans sa réponse publiée au Sénat le 27 novembre 2025, le ministère chargé de la transition écologique rappelle que ces émissions existent toujours, « dans une bien moindre mesure ». L’exploitant a dû réaliser des études de sols, une évaluation des risques sanitaires et retirer à ses frais les « points chauds » les plus chargés.

Que change la servitude pour les propriétaires ? #

L’arrêté préfectoral du 2 février 2023 a créé une servitude d’utilité publique sur la zone où le plomb provient majoritairement du site. Selon La Clé Publique, elle concerne 606 parcelles cadastrales, dont 351 à Lille et 255 à Faches-Thumesnil.

Cette servitude ne veut pas dire que les occupants sont intoxiqués. Elle inscrit la pollution dans les documents fonciers et d’urbanisme, ce qui pèse sur chaque projet de rénovation ou de vente. Les travaux qui remuent la terre et les changements d’usage sont soumis à des prescriptions, parfois à des analyses préalables.

Dans les jardins, les légumes et fruits destinés à être mangés doivent pousser hors sol, dans de la terre d’apport. Certains usages des eaux souterraines, comme l’irrigation, sont interdits. Le détail de la procédure figure dans le rapport du commissaire enquêteur publié par la préfecture du Nord.

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Pourquoi deux seuils de plomb circulent-ils ? #

Le débat local tourne autour de deux valeurs qui ne répondent pas à la même question. La première, 300 mg/kg de sol, est le repère retenu par le Haut Conseil de la santé publique pour recommander le dépistage des enfants de moins de sept ans et des femmes enceintes. Ce n’est pas une limite réglementaire.

La seconde, 1 000 mg/kg, sert dans le plan de gestion d’Exide à repérer les points chauds qui doivent être excavés. Comme le rappelle La Clé Publique en citant l’Ineris, il n’existe pas en France de seuil réglementaire national pour le plomb dans les sols. Entre ces deux valeurs, la terre reste en place, mais ses usages sont encadrés.

Faches-Thumesnil cherche du plomb hors du périmètre #

En septembre 2024, un collectif d’habitants a mené des prélèvements avec un chercheur de l’université Columbia. D’après la délibération municipale de juin 2025 citée par La Clé Publique, certains sols situés hors de la servitude dépassaient jusqu’à quinze fois le repère de 300 mg/kg.

La commune a confié au laboratoire LGCgE de Junia une étude sur environ 200 parcelles privées et espaces publics. L’intérêt est de mesurer la bioaccessibilité du plomb, c’est-à-dire la part réellement assimilable par l’organisme en cas d’ingestion de terre. Deux sols aussi chargés l’un que l’autre n’exposent pas forcément autant.

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La ville veut s’en servir pour demander une révision du périmètre et du seuil d’excavation. L’État, dans sa réponse au Sénat, défend le dispositif : les écoles et espaces publics ont été inclus quand leurs teneurs répondaient aux critères, et toute modification devra reposer sur de nouvelles données scientifiques transmises au préfet.

Pourquoi un nouveau dépistage maintenant ? #

Une analyse de sol ne dit pas si un enfant a été exposé. Seule la plombémie, mesurée par une prise de sang, le montre. Or la première campagne, menée de mars à juin 2023 sous l’égide de l’ARS Hauts-de-France, a peu mobilisé.

Sur 2 335 enfants ciblés, seuls 380 avaient fait une première prise de sang, soit 16 %, selon les chiffres repris par La Clé Publique. Quatre présentaient une plombémie d’au moins 50 µg/L, le seuil de déclaration du saturnisme infantile. Avec si peu de participants, ces résultats ne donnent pas une image complète du quartier.

Qui est concerné et comment faire ?

La campagne lancée le 19 octobre vise deux secteurs : Lille-Sud, à l’est du cimetière du Sud, et Nord Thumesnil, à Faches-Thumesnil. Les familles concernées ont reçu un bon de l’Assurance maladie et de l’ARS, qui vaut prescription. Le prélèvement se fait en laboratoire ou à domicile par un infirmier.

À Lille-Sud, un bus de dépistage s’installera le 3 décembre devant l’école Bracke-Desrousseaux, puis le 10 décembre devant l’école Wagner. Sans bon, le test reste gratuit pour les mineurs et les femmes enceintes sur prescription d’un médecin.

Ce que ce dossier dit des sites industriels anciens #

Le cas Exide montre comment une pollution historique devient une contrainte foncière durable. Elle touche la valeur des biens, les projets de jardin et les travaux, longtemps après le pic des émissions. Il montre aussi les limites d’un périmètre tracé à partir de seuils : les données des habitants et de la commune pourraient le faire évoluer.

Pour les riverains, la priorité immédiate reste simple : faire dépister les jeunes enfants et les femmes enceintes avant le 12 décembre, puis suivre les résultats de l’étude de Junia, qui diront si la carte de la servitude doit être redessinée.

Questions fréquentes #

Habiter une parcelle sous servitude signifie-t-il être intoxiqué ?

Non. La servitude encadre les usages du sol. Seule une prise de sang permet de savoir si une personne a été exposée au plomb.

Jusqu’à quand le dépistage est-il gratuit ?

La campagne ciblée court jusqu’au 12 décembre 2026. En dehors, il reste gratuit pour les mineurs et les femmes enceintes sur prescription médicale.

Peut-on encore cultiver un potager dans la zone ?

Oui, mais hors sol, avec de la terre d’apport, pour les végétaux destinés à être consommés.

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