Le dossier de la fonderie Le Creuset de Fresnoy-le-Grand, dans l’Aisne, n’est pas refermé. Le rapport de l’inspection des installations classées sur la visite du 10 juillet 2026, désormais publié sur Géorisques, conclut que les actions engagées par l’industriel « ne permettent pas de considérer le respect de l’ensemble des prescriptions ». L’inspection propose à la préfète une amende administrative, un nouvel arrêté de mise en demeure et une étude de l’état des milieux autour du site. Le quotidien régional L’Union est revenu sur l’affaire le 29 octobre.
Plan de l'article
Une fonderie classée IED sous surveillance depuis fin 2025 #
Créée en 1924, l’usine fabrique les articles culinaires en fonte émaillée de la marque. Elle relève du régime de l’autorisation et de la directive sur les émissions industrielles (IED), sans être classée Seveso, selon la fiche d’inspection publiée par la DREAL Hauts-de-France.
Le point de départ est l’autosurveillance des rejets. Les analyses des eaux résiduaires de l’atelier d’émaillage, transmises par l’exploitant, montrent que la valeur limite en cadmium a été dépassée sept fois entre février et octobre 2025, et qu’une mesure de septembre 2025 a dépassé le double du seuil autorisé. L’arrêté de 2020 qui encadre ces rejets fixe pour le cadmium une concentration maximale instantanée de 0,025 mg/L et un flux journalier de 0,03 kg.
Des big bags de poussières d’émail vidés dans la station d’épuration #
Lors de la visite du 10 décembre 2025, les inspecteurs ont vu un big bag de poussières d’émail contenant des métaux être déversé dans la station d’épuration interne. Ces poussières proviennent des dépoussiéreurs de trois chaînes : l’atelier masse, l’émaillerie et le broyage.
D’après le rapport, l’exploitant a reconnu une pratique régulière : quatre à cinq big bags par jour, quatre jours par semaine, depuis la mise en service de la station physico-chimique en 2013. Les sacs n’étaient ni pesés, ni identifiés, ni caractérisés. L’inspection relève un détail : aucun déversement n’avait lieu le mardi, jour du prélèvement destiné à l’autosurveillance. Avec un temps de séjour théorique de 24 heures dans la station, l’effet de ces apports sur les mesures s’en trouvait réduit.
Un déchet déclaré non dangereux, traité comme dangereux
Une partie des poussières partait par camion vers des centres de stockage de déchets dangereux de Suez, à Villeparisis (Seine-et-Marne) puis à Jeandelaincourt (Meurthe-et-Moselle). Le rapport chiffre ces envois à 29,88 tonnes en 2024 et à 40,5 tonnes sur les bordereaux de 2025 remis le jour de la visite. Pourtant, ces tonnages étaient déclarés sous un code de déchet non dangereux, et les quantités vidées dans la station ne figuraient dans aucune déclaration.
Les eaux industrielles posaient un second problème. Un dispositif dit « de chasse d’eau » envoyait chaque jour environ 2 m³ d’eau sortie de la station interne vers la station communale. Selon l’exploitant, c’est à ce flux, et non aux eaux domestiques, que sont dus les dépassements en cadmium des boues de la station de Fresnoy-le-Grand. Les eaux du site rejoignent ensuite le ru Cavin, la lagune communale, puis le Noirrieu et le canal de Saint-Quentin.
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Deux arrêtés en février, un récolement défavorable en juillet #
Ces constats ont débouché le 20 février 2026 sur deux arrêtés préfectoraux : une mise en demeure (n° IC/2026/022) et un arrêté de mesures immédiates et de mise en sécurité (n° IC/2026/023). L’échéance était fixée au 23 avril. Les mesures demandées étaient les suivantes :
- arrêter immédiatement le déversement des big bags et retirer le mélangeur associé ;
- analyser les sédiments et les sols du fossé Cavin jusqu’à la lagune, par un bureau d’études certifié ;
- séparer les eaux industrielles et domestiques ;
- caractériser et tracer les fines de dépoussiérage et les boues d’émail.
Selon une dépêche AFP du 2 avril reprise par L’Info Durable, la préfecture indiquait alors que l’exploitant avait « travaillé immédiatement avec les services de l’État ». Le déversement des poussières avait cessé, une traçabilité était en place depuis janvier et la production n’avait pas été suspendue. Le groupe précisait que le cadmium sert « exclusivement » aux pigments de l’émail extérieur de certaines couleurs et qu’il « n’entre pas en contact avec les aliments ».
La visite de récolement du 10 juillet a toutefois été défavorable. Le détail des constats est renvoyé à une annexe confidentielle, mais les suites proposées sont publiques :
- une amende administrative et une nouvelle mise en demeure sur les valeurs limites de rejet et sur l’élimination de déchets dans l’enceinte du site ;
- un plan des réseaux à jour, à fournir sous deux mois ;
- la mise à jour des registres de déchets.
L’inspection rappelle aussi à l’exploitant qu’il doit prévenir l’administration avant de choisir où et combien prélever.
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Une étude d’interprétation de l’état des milieux à venir #
Pour l’eau, l’inspection demande qu’un arrêté complémentaire impose une interprétation de l’état des milieux (IEM). Cette démarche, prévue par la méthodologie nationale des sites et sols pollués, vise à vérifier si l’état des sols, des sédiments et des eaux autour d’une installation est compatible avec leurs usages. Un arrêté de prescriptions complémentaires daté du 9 octobre 2026 (APC IC2026_178) figure depuis sur la fiche Géorisques de l’établissement. Le document mis en ligne est un scan : il n’a pas été possible d’en lire le détail.
Le cadmium est un enjeu sanitaire bien identifié. Fin mars, l’Anses a publié un rapport, cité par l’AFP, selon lequel près de la moitié de la population française dépassait en 2025 les valeurs sanitaires de référence pour ce métal. L’alimentation en est la principale source, notamment via les sols agricoles et les boues de station d’épuration. Les boues de l’usine n’ont jamais été épandues sur des terres agricoles, selon l’entreprise.
Ce que ce dossier montre de l’autosurveillance #
Le cas de Fresnoy-le-Grand rappelle les limites d’un contrôle qui repose en grande partie sur les mesures de l’exploitant. Les dépassements sont apparus dans les données transmises via GIDAF. Ce sont pourtant la visite sur place et une inspection pénale menée le 28 novembre 2025 avec une unité spécialisée de la gendarmerie qui ont révélé la pratique des big bags. La suite dépendra de la décision de la préfète sur l’amende proposée et des résultats de l’étude des milieux, qui diront si le ru Cavin et la lagune communale gardent la trace de plus de dix ans de rejets.



