Six ans après l’arrêt définitif de l’ancienne usine STCM, dans la zone industrielle de Fondeyre au nord de Toulouse, le plomb n’a pas quitté les jardins des alentours. Jeudi 5 novembre 2026, des riverains réunis par le Collectif toulousain contre la pollution au plomb (CTPP31) ont tenu une réunion d’information en vue d’une action collective. Ils réclament une dépollution élargie et gratuite des terrains exposés, ainsi que la réparation de leurs préjudices. C’est ce que rapporte Actu Toulouse ce vendredi.
Plan de l'article
Soixante ans de recyclage de batteries au cœur d’un quartier habité #
L’histoire du site est retracée dans un communiqué de l’Agence régionale de santé Occitanie et de la préfecture publié en octobre 2022. La société STCM y a exploité une fonderie de plomb de 1952 à 2011. Elle y a ensuite seulement réceptionné et broyé des batteries usagées, jusqu’à la fermeture définitive en 2020.
Pendant ces décennies, la ville a grignoté les terrains autour de l’usine, classée Seveso seuil haut. Des maisons avec jardin ont poussé à quelques centaines de mètres des cheminées. Ce voisinage, banal à l’époque, pèse aujourd’hui sur la gestion de l’après-usine.
Une contamination des sols repérée lors du démantèlement #
La pollution n’a pas été découverte au hasard. Après un avis du Haut conseil de la santé publique paru en 2014, qui durcissait les objectifs de gestion des expositions au plomb, l’État a prescrit en 2016 des investigations sur la qualité des sols à l’exploitant. Les données transmises début 2022 montrent que, selon les vents dominants, la teneur en plomb peut dépasser 300 milligrammes par kilo de sol jusqu’à 700 mètres autour du site.
Ce seuil de 300 mg/kg est celui que le HCSP retient pour déclencher une surveillance sanitaire spécifique. Le préfet de la Haute-Garonne a donc demandé à l’ARS et à la Direction régionale de l’environnement (Dreal) un plan de gestion environnementale et un dispositif de suivi de la population. Sur l’emprise de l’usine elle-même, les travaux combinent excavation, lavage des terres puis remise en place des remblais épurés.
Dépistage gratuit et quatorze jardins à dépolluer #
En 2022, l’ARS a écrit à 12 000 riverains de la « zone de surveillance » pour les informer de la contamination des sols et leur proposer un dépistage gratuit du saturnisme. Côté environnement, le plan de la Dreal cible 14 parcelles privées où des travaux de dépollution sont engagés.
Le bilan sanitaire, cité par Actu Toulouse d’après l’ARS, fait état de 363 plombémies réalisées au 1er novembre 2026 : 142 chez des enfants et 221 chez des adultes, dont 31 femmes enceintes. Les analyses ont révélé une plombémie élevée chez un adulte et deux cas de saturnisme infantile, dont un sans lien avec le site. Selon l’agence, aucun nouveau cas n’a été détecté depuis septembre 2023.
Une contre-expertise qui veut élargir la carte #
Pour le CTPP31, créé en juillet 2025, ces chiffres ne disent pas tout. Ses membres jugent les études menées pour le compte de l’État trop théoriques et fondées sur un nombre de points de mesure insuffisant. Le collectif a donc payé lui-même un bureau d’études pour une nouvelle campagne d’analyses de sols. Il estime que des dizaines de parcelles devraient s’ajouter aux 14 retenues par l’administration.
C’est sur cette contre-expertise que repose le projet d’action collective, porté par deux avocats, Me Jérémy Bousquet et Me Christophe Lèguevaques. Les demandes vont au-delà du plomb : les riverains veulent aussi que l’on recherche d’autres polluants, comme le cadmium ou l’arsenic. Selon le collectif, une quinzaine de personnes étaient prêtes à s’engager avant même la réunion du 5 novembre.
Le préfet d’abord, le tribunal administratif ensuite
La procédure envisagée suit un chemin classique en droit de l’environnement. Les riverains adresseront d’abord au préfet des demandes préalables d’extension de la zone de dépollution et d’indemnisation. En cas de refus, le tribunal administratif sera saisi. Me Lèguevaques cite le précédent de Metaleurop, dans le Nord, où des riverains d’une autre fonderie de plomb ont obtenu réparation devant la justice.
Le coût de l’après-usine retombe sur les propriétaires #
Derrière le débat technique sur le nombre de points de prélèvement, la question est très concrète pour les habitants. Une riveraine interrogée par Actu Toulouse raconte qu’elle a acheté sa maison en 2021 sans avoir été informée de la pollution. Elle a fait chiffrer la dépollution de son propre terrain : plusieurs dizaines de milliers d’euros si elle devait la payer elle-même. S’y ajoute la crainte de voir le bien perdre de sa valeur.
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Le cas de Fondeyre illustre un angle mort fréquent des fermetures de sites industriels. L’exploitant démantèle et dépollue son emprise, mais les retombées accumulées pendant des décennies sur les terrains voisins relèvent d’une gestion publique au cas par cas. Le périmètre de cette gestion est souvent contesté par ceux qui vivent dedans, ou juste à côté. La réponse que donneront le préfet puis, peut-être, le juge administratif dira si la carte de la pollution toulousaine doit être redessinée.




