Nouvel épisode dans la longue série des contaminations aux substances per- et polyfluoroalkylées. La préfecture de l’Indre a confirmé, mardi 3 novembre 2026, la présence de PFAS dans la rivière Bouzanne et sur des parcelles agricoles autour d’Arthon, au sud de Châteauroux. En cause : les rejets aqueux et les épandages de boues de l’usine de moquettes Balsan. Depuis le mercredi 4 novembre, la pêche et la consommation de poissons sont interdites sur une large partie du cours d’eau.
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Une interdiction de la source jusqu’à la confluence avec la Creuse #
L’arrêté préfectoral ne prend pas de demi-mesure. Comme le rapporte franceinfo, l’interdiction de pêcher et de consommer le poisson s’applique depuis la source de la Bouzanne jusqu’à sa confluence avec la Creuse, au Pont-Chrétien-Chabenet, et s’étend aux affluents connectés à la rivière. La contamination a également été confirmée en aval, à Velles, où ce sont cette fois les rejets aqueux de l’industriel qui sont pointés.
Sur la terre ferme, le bilan provisoire porte sur 54 hectares de parcelles agricoles où la présence de polluants éternels est désormais établie. L’étendue réelle de la contamination et son éventuel transfert vers les productions agricoles restent, eux, à documenter : la préfecture annonce des analyses de chair de poissons, un plan de surveillance du cours d’eau, des investigations sur les étangs liés à la Bouzanne, ainsi que des prélèvements sur l’alimentation animale et la viande commercialisée.
Des boues épandues pendant trois décennies
À l’origine du dossier, une pratique longtemps banale dans l’industrie : la valorisation agricole des boues de station d’épuration. Balsan, qui fabrique des moquettes à Arthon, a épandu les boues de sa propre station sur des parcelles voisines entre les années 1990 et l’été 2025. Or ces boues concentraient les PFAS utilisés dans les traitements des fibres textiles. C’est une enquête de la radio ICI et de la Cellule investigation de Radio France qui a mis l’affaire au jour, avant que les analyses officielles ne confirment la contamination des sols puis de la rivière.
L’industriel assure avoir tourné la page des fluorés #
Interrogée par ICI Centre-Val de Loire, l’entreprise affirme n’avoir procédé à aucun épandage depuis juillet 2025 et rappelle qu’elle n’utilise plus de résine fluorée depuis 2016. Restaient deux colorants rouges considérés comme contenant des PFAS : Balsan indique leur avoir trouvé des alternatives à l’été 2025 et dit avoir renforcé ses contrôles.
Ces engagements n’effacent pas la caractéristique centrale des PFAS, celle qui leur vaut leur surnom de polluants éternels : leur extrême persistance. Des molécules épandues dans les années 1990 ou 2000 sont toujours présentes dans les sols d’Arthon, migrent vers les eaux superficielles et s’accumulent dans la chaîne alimentaire, poissons en tête. L’arrêt des usages ne règle donc rien à court terme pour les milieux déjà contaminés.
Eau potable : pas de non-conformité constatée à ce stade
Point important pour les riverains : la préfecture indique qu’aucune non-conformité n’a été constatée dans l’eau potable du secteur, et que rien ne permet à ce stade de conclure à une non-conformité des denrées alimentaires. Des analyses complémentaires sont en cours, et c’est précisément leur résultat qui déterminera si les restrictions s’arrêtent au poisson de rivière ou s’étendent à d’autres productions locales.
Un scénario qui se répète sur le territoire #
L’affaire de la Bouzanne s’ajoute à une liste qui s’allonge de mois en mois : vallée de la chimie lyonnaise, bassin annécien autour des sites d’articles culinaires, et désormais le Berry. À chaque fois, le même enchaînement se rejoue : révélation journalistique ou associative, campagnes d’analyses, confirmation officielle, puis restrictions d’usage le temps de cerner l’ampleur des transferts vers l’alimentation.
Le dossier illustre aussi un angle mort réglementaire longtemps ignoré : les épandages de boues industrielles, pratiqués en toute légalité pendant des décennies, se révèlent être un vecteur massif de dissémination des PFAS dans les sols agricoles. L’inspection des installations classées a d’ailleurs fait de la connaissance et de la réduction des émissions de PFAS une priorité nationale pour 2026. Dans l’Indre, les prochaines semaines diront si les 54 hectares identifiés ne sont que la partie émergée du problème : les investigations sur les étangs et les productions animales du bassin de la Bouzanne ne font que commencer.




